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Une révolution « citoyenne » ?

09/04/2012

La campagne de Jean-Luc Mélenchon est un succès incontestable. L’adjonction de son petit parti et de l’appareil vieillissant du PCF lui a permis une certaine implantation territoriale, mais insuffisante par elle-même pour percer. A chaque étape néanmoins, il a trouvé les mots justes pour affaiblir ceux qui lui barraient la route, et sa première victime a été une extrême-gauche traditionnelle dont il a récupéré l’électorat.

Proposer l’unité au NPA lui a permis de jouer sur la contradiction fondamentale de ce parti, qui proclamait vouloir rassembler « les forces à gauche du PS », sans qu’on sache bien vraiment pour quoi faire, vu que ce n’était ni pour gagner les élections et gouverner, ni pour faire la révolution. L’éclatement prévisible de la formation issue de l’auto-sabordage de la LCR est la rançon de ce manque de clarté politique.

Il a su, de plus, s’adresser dans des termes plus concrets et plus politiques aux travailleurs que ne l’a fait Lutte Ouvrière. Là où LO parle de manière fantaisiste d’interdire les licenciements sans vouloir se brûler les doigts en posant la question brûlante du pouvoir dans la société, Mélenchon donne l’illusion de se battre pour sa transformation, et parle même d’amour.

Une fois cette base acquise, l’ancien ministre socialiste a ensuite montré en quoi la politique d’un gouvernement du Parti Socialiste ne changerait rien à l’amplification accéléré du désastre. Il n’a pas eu peur pour cela d’affronter en coulisse les milieux dirigeants du PCF, dont les places au soleil dépendent du grand-frère socialiste. Il a enfin tapé sur le Front National, faisant sauter le verrou du « vote utile », de sorte à ôter à ses concurrents ce qui semblait être leur seul argument.

Une illusion condamnée par l’histoire…

Le Front de Gauche s’est appuyé sur des tendances très différentes dans la société. S’adressant à la fois aux cadres supérieurs et aux ouvriers, caressant ici les rêves de grandeur d’un nationalisme français en déclin, allant là jusqu’à se féliciter des succès de l’industrie impérialiste d’armement, Mélenchon n’a pu se passer de faire appel à la tradition révolutionnaire du mouvement ouvrier. Il y a certes mis beaucoup de gants, emballant la radicalité du discours dans le respect sacré du suffrage universel et du drapeau bleu-blanc-rouge. Cette politique a un nom précis : c’est celle du Front Populaire, une illusion mortelle qui prétend isoler l’ennemi « le plus dangereux », en proposant une alliance politique à une partie de la bourgeoisie, dans le cadre de ses institutions. Elle est condamnée par l’histoire, comme le gouvernement du Front Populaire de 1936, parce qu’il a refusé d’armer les ouvriers et leur a au contraire tiré dessus, était condamné a laisser la place au régime de Vichy.

Mais les animateurs de la « révolution citoyenne » pourraient voir se retourner contre eux les paroles et les engagements qu’ils ont professé sans y croire. Pour exister, ils alimentent les contradictions sociales destinées à les engloutir. La mascarade électorale terminée, c’est dans la rue que ceux qui auront cru au « devoir d’insurrection » chercheront à voir ce que valent les dirigeants du Front de gauche qui n’auront cette fois aucune élection vers laquelle canaliser la révolte. Ils y trouveront les mêmes appareils d’élus politiques et syndicaux carriéristes que depuis 60 ans, incapables de mener même une grève à la victoire. C’est pour cette raison, pour éviter que les prolétaires ne soient alors désarmés politiquement, que l’existence de noyaux révolutionnaires qui auront toujours et partout combattu cette société, plutôt que de la gérer paisiblement, sera décisive. C’est pour cette raison qu’il faut donc procéder dès maintenant au « travail de désintoxication », dont se réclame Mélenchon.

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