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Zlatan Ibrahimovic et le communisme

21/07/2012

Zlatan Ibrahimovic (cf so foot)

Zlatan Ibrahimovic, star du football, a été vendu au club du PSG pour pleins de millions d’euros. Qu’est-ce que cela nous révèle sur le football aujourd’hui?

A mon avis trois choses:

-Que Zlatan Ibrahimovic est un joueur professionnel

-Que les types qui ont racheté le PSG l’année dernière ont vraiment beaucoup de pognon

-Que le PSG n’est pas un club communiste

Zlatan Ibrahimovic est un joueur qui coûte très cher parce que c’est un professionnel très compétent. Il suffit de le voir mettre un but d’un ciseau acrobatique/artistique pour se dire: bougre, ce type-là est foutrement compétent.

C’est donc assez logique si, dans le système capitaliste, Zlatan Ibrahimovic est un joueur qui coûte cher et qui touche un salaire très élevé. Ça ne sert pas à grand-chose de pousser de grands cris scandalisés, comme certains de nos politiques, ou plutôt de nos joueurs de politique professionnels, qui hurlent à l’indécence, à l’immoralité. C’est évidemment le système capitaliste tout entier qui produit de l’indécence et des situations immorales; dire simplement: les salaires des joueurs sont trop élevés, c’est un scandaaale, c’est proposer une analyse à court terme, microscopique, stérile, du football d’aujourd’hui et du monde qui produit ce football.

Ce qui serait plus intéressant, plus constructif, serait de se demander: comment le football pourrait s’organiser sans le capital? Et aussi, question cruciale pour les vrais amateurs de football: dans un monde communiste, y aura-t-il toujours des joueurs exceptionnels comme Ibrahimovic et des équipes flamboyantes comme, mettons, le Real de Madrid?

Est-ce que les joueurs de football talentueux continueront à courir, à faire des passes, à mettre des lucarnes, le jour où ils n’auront plus de salaire et où ils ne gagneront plus d’argent?

Ce qui nous amène finalement à une question plus large, qui ne concerne pas que le foot: les hommes continueront-ils à travailler et à être compétents, à vouloir devenir meilleurs, le jour où le salariat et l’argent seront abolis, le jour où ils n’auront plus de raisons économiques (appartement, voiture, piscine) de vouloir s’améliorer?

 Essayons de répondre, en partant de quelques faits simples:

-Il y a des tas de gens qui continuent à travailler dans un domaine où la récompense économique est très inférieure à leur compétence: en témoignent les infirmières qui bossent aux urgences au lieu de se faire de la thune en libéral, ou les chirurgiens qui font de la chirurgie viscérale au lieu de s’orienter vers des spécialités plus rémunératrices comme la chirurgie esthétique.

-Il y a des tas de gens, et de plus en plus aujourd’hui, qui s’investissent corps et âme dans le monde associatif, en étant très compétent, et cela sans aucune récompense économique.

-Il y a des tas de petits garçons, et même de petites filles, qui passent cinq heures par jour à jouer au foot, sans être payés, sans que cela ne leur rapporte de bonnes notes, mais par pur plaisir du jeu.

Tous ces gens ne sont pas motivés par l’idée d’une piscine.

Ce qui les motive, les pousse à agir et à devenir plus compétents, ce n’est pas la récompense économique, mais la récompense symbolique. Même dans le monde capitaliste le plus dur et le plus contrôlé, la plupart des gens cherchent en priorité à faire des choses qui ont un sens plutôt que des choses qui rapportent un max de thunes. Après ils n’ont pas toujours le choix, il faut survivre, ramener de la bouffe à la maison, etc, mais dans l’ensemble, ce n’est pas tant que ça la thune qui fait courir les gens, quoi qu’on en dise, c’est plutôt le prestige, le sens, le sentiment d’avoir fait quelque chose de bien.

C’est pourquoi on peut tout à fait croire à un football de haut niveau, avec des joueurs exceptionnels et des équipes flamboyantes, dans un monde communiste. Ibrahimovic pourrait être un joueur de football communiste.

Bien sûr le visage du football changerait: l’abolition du salariat entraînerait sans doute la fin de ce que nous appelons le football professionnel et du coup la généralisation du football amateur. Ce serait un changement pour le meilleur, bien sûr, puisque le joueur amateur est un joueur qui aime le jeu, tandis que le joueur professionnel est un joueur qui profite du jeu.

L’abolition du salariat et de l’argent n’entraînerait pas pour autant la fin de la compétition au sens sportif du terme, qui n’a rien à voir avec la compétition économique systématiquement faussée et injuste qui gouverne le monde aujourd’hui. La compétition persisterait: elle aiderait chacun à développer sa compétence footballistique, dans la solidarité avec les membres de son équipe, et dans l’affrontement de l’adversité de l’autre équipe.

La compétition dans le communisme sera avant tout instrument d’éducation populaire; elle permettra aussi, en prime, la formation de très bons joueurs, de joueurs au-dessus du lot.

Ce qui fera courir ces joueurs, ce qui fera courir un Zlatan Ibrahimovic communiste, ce ne sera pas le fric, les BMW, les piscines, mais en fin de compte la fierté de se savoir admiré de tous les petits garçons, et de toutes les petites filles, qui passent cinq heures par jour à jouer au foot, sans que cela ne leur rapporte de bonnes notes, sans être payés.

 – Sam

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